Le slow media – travail de recherche

Un travail de recherche pour le Celsa-Paris-Sorbonne. Le slow, les médias lents, le corpus d’analyse des médias papier, XXI, 6 Mois, France Culture Papiers, Usbek et Rica, Muze, et tant d’autres. Une analyse du mouvement slow, de ses inspirations et de ses réalisation concrètes à travers les médias.

Extraits de la version universitaire originale, version média en cours.

Introduction :

Nous avons mieux à faire de la vie que d’en accélérer le rythme.
Gandhi

Sénèque dans De la brièveté de la vie introduit la thèse selon laquelle la vie n’est pas trop courte, c’est nous qui la perdons : « la vie est assez longue et largement octroyée pour permettre d’achever les plus grandes entreprises, à condition qu’elle soit tout entière placée à bon escient et elle s’étend loin pour qui en dispose bien ». Selon Sénèque, nous gaspillons notre temps en courant après des plaisirs illusoires et éphémères au lieu de se consacrer à nous-mêmes. Il y aurait une aliénation au temps et aux richesses matérielles qu’il peut procurer : « on ne trouve personne qui veuille partager son argent, mais chacun distribue sa vie à tout venant et personne ne te restituera tes années, personne ne te rendra à toi-même ». Selon Sénèque, il y a une insouciance car chacun vit comme s’il devait ne jamais mourir alors que la fragilité de l’existence ne lui apparaît que bien souvent trop tard. Notre auteur identifie ainsi une catégorie d’individus qu’il nomme les occupés, ces individus qui perdent leur vie à la débauche, à la colère, aux mondanités, aux études inutiles, aux affaires, et Sénèque de dire : « penses-tu qu’il a beaucoup navigué celui qu’une violente tempête a surpris à sa sortie du port, a poussé çà et là et, dans les tourbillons de vents contraires, a fait tourner en cercle dans un même périmètre ? Il n’a pas beaucoup navigué, mais il a été beaucoup balloté ». Il oppose cette métaphore de l’homme occupé qui a été balloté par son emploi du temps à l’individu qui a su se consacrer à la connaissance de soi : « celui qui consacre tout son temps à son usage personnel, qui organise toutes les journées comme une vie entière, ne désire ni ne redoute le lendemain. La plus grand perte pour la vie, c’est l’ajournement ; il dérobe le présent en promettant l’avenir ». Sénèque est en définitive partisan de l’oisiveté stoïcienne : « les occupés de savent pas se servir du temps et ne sont pas des hommes de loisir. Seuls sont hommes de loisir ceux qui se consacrent à la sagesse. Seuls ils vivent ; car non seulement ils protègent bien la durée qui leur appartient, mais ils ajoutent la totalité du temps au leur ». Le sage qui use au mieux de son temps est donc, selon Sénèque, celui qui s’approprie son temps et le temps du passé en se consacrant notamment à l’étude des sciences et de la philosophie. Il conclut que les « occupés quittent une chose pour une autre et ne peuvent s’arrêter à un seul désir, perdent le jour dans l’attente de la nuit, la nuit dans la crainte du jour alors que le sage est serein et n’a pas crainte de l’avenir ». Cette réflexion antique sur la brièveté de la vie ne peut qu’interroger l’homme moderne. Homme, car doué de conscience, organisé en sociétés hiérarchisées, conscient de sa finitude car conscient du temps qui passe et de l’érosion du monde, des individus et des biens. Moderne, car doué de sciences et de connaissances, organisé, aguerri, technicien, conscient de son environnement, du temps qui passe ici et du temps qui passe à l’autre bout du monde. Moderne car omniprésent, il a fait le tour du monde, il maîtrise son environnement, il est le plus grand prédateur sur Terre et sa propre action a modifié la nature qui semblait immuable. Moderne, car rapide, Paris-New York en six heures, un tour du monde en une journée, une Poste internationale, un temps homogénéisé de référence pour l’économie, une temporalité mondialisée, un mail qui fait le tour du monde en quelques secondes, une communauté de conscience qui réunit près d’un milliard d’individus sur Facebook. Homme moderne, car l’espérance de vie est de plus en plus longue – même si le phénomène n’est pas nécessairement exponentiel – la productivité ne fait qu’augmenter, les rendements n’ont jamais été aussi grands, on dénombre mille fois plus d’innovation entre 1990 et 2010 qu’entre 1789 et 1989 selon un calcul qui pourra être critiqué. En France cette année, la série événement s’appelle Bref et c’est le format le plus court en 52 fois 3 minutes, les médias s’accélèrent. Tout porte à croire que le progrès est sans limite, l’innovation constante, les transports et les communications de plus en plus rapides, les contenus eux-mêmes et la vie faits d’une infinité d’actions de plus en plus nombreuses et de plus en plus courtes. (…)

Transition de la Partie I vers la Partie II :
(…) Après avoir analysé et compris le phénomène d’accélération du monde contemporain, phénomène ancré dans les deux siècles qui nous précèdent, nous sommes arrivés jusqu’à l’analyse du temps médiatique actuel, submergé par cette logique d’accélération et de temps réel. Or citons Gilles Lipovetsky pour prendre du recul avec ce qui a été dit avant de nous intéresser au mouvement slow et aux mooks qui semblent s’être construits en réaction à l’accélération du monde. « Sous le règne de la mode totale, l’esprit est moins ferme mais plus tolérant, moins sûr de lui même mais plus ouvert à la différence, à la preuve, à l’argumentation de l’autre. C’est avoir une vue superficielle de la mode achevée que de l’assimiler à un processus sans pareil de standardisation et de dépersonnalisation ; en réalité, elle impulse une interrogation plus exigeante, une multiplication des points de vue subjectifs, le recul de la similitude des opinions. (…) Les grandes certitudes idéologiques s’effacent au profit des singularités subjectives peut-être peu originales, peu créatives, peu réfléchies, mais plus nombreuses et plus souples ». Ce qu’Hartmut Rosa souligne aussi en soulignant que toute théorie systématique de l’accélération doit absolument prendre en compte les processus de retardement corrélatifs. Ainsi tout effet systématique a un contre effet systématique : l’accélération, la vitesse et le fast ont leur contraire, le ralentissement, le lent et le slow. (…)

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